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Récit du voyage en Algérie des Juifs de Tlemcen

Envoyé par lamak 
Récit du voyage en Algérie des Juifs de Tlemcen
11 mars 2007, 08:36

bonsoir.

Ils étaient quelque 130 Juifs à se retrouver à l’aéroport d’Orly le dimanche 22 mai 2005 avant de s’envoler pour Tlemcen (à 540 kilomètres à l’ouest d’Alger), leur ville natale, que la plupart n’avaient pas revue depuis plus de quarante ans. Si le voyage avait pour but de célébrer la fête de Lag Baomer en se rendant sur le tombeau du rabbin Ephraïm Enkaoua - l’un des maîtres les plus prestigieux du judaïsme d’Algérie, célébré depuis le XIVe siècle -, c’est surtout le besoin de se replonger dans les souvenirs qui a animé les participants. Les Algériens appellent cela la « nostalgérie ».

Une véritable ambiance de colonie de vacances, pimentée par des retrouvailles entre amis d’enfance, a baigné ce voyage organisé par l’association des Juifs originaires de Tlemcen, La Fraternelle. Les pèlerins ont connu des moments très forts en émotion. D’abord, avec la visite de leurs anciennes maisons ; puis, deux jours plus tard, avec le recueillement au cimetière où tous se sont lancés dans une quête anxieuse des sépultures de leurs aïeuls.

Le voyage était soutenu officiellement par les autorités algériennes, qui depuis quelques années encouragent le retour des pieds-noirs, juifs ou non, en espérant aussi y trouver une manne touristique. Cette démarche de rapprochement a trouvé un relais favorable auprès de la population. Le séjour des Juifs de Tlemcen a ainsi été marqué par une bienveillance exceptionnelle des habitants, illustration de la bonne cohabitation qui a toujours régné entre Juifs et Musulmans dans cette ville.

Lydia Amsellem est partagée entre sécher ses larmes et immortaliser le souvenir avec sa caméra. Elle vient de retrouver la maison où elle a grandi à Tlemcen jusqu’à l’âge de 15 ans, et où elle n’est jamais revenue. Ses deux sœurs et son frère aînés sont aussi du voyage. Les autorités de la ville, qui ont veillé à ce que le séjour se passe sans encombre, n’ont cependant pas prévenu les familles propriétaires des lieux. Mais ces visites inopinées n’ont pas empêché un accueil des plus chaleureux.

La famille Boussalah, la même depuis 43 ans à habiter le joli pavillon, ouvre grand ses portes aux Amsellem. La fratrie parcourt les deux chambres, l’immense salon, puis la terrasse où l’on étend toujours le linge, à la recherche de souvenirs d’enfance qui se ravivent au fil des minutes.

« Rien n’a changé, s’exclame Lydia. Je crois que le carrelage était le même. » Chose incroyable : la tortue aussi est là. Comme si le temps s’était figé depuis 1962.

L’émotion est contagieuse. Le propriétaire septuagénaire, Chaïb Boussalah, sanglote. « On vivait bien ensemble. C’est la Révolution (guerre d’indépendance), qui nous a séparés », soupire le vieil homme, commerçant à la retraite. « Vous serez toujours les bienvenus », renchérit-il, offrant à ses invités le verre de l’amitié. « On ne s’attendait pas à un tel accueil », s’enthousiasme Lydia Amsellem, les yeux toujours embués.

L’ambassadeur de France, Hubert Colin de Verdière, a fait le déplacement depuis Alger. Le secrétaire général de la préfecture de Tlemcen représentait le préfet et palliait l’absence, annoncée au dernier moment, du ministre des affaires étrangères algérien, Mohamed Bedjaoui.

Si les voyages des rapatriés d’Algérie se sont multipliés ces deux dernières années, c’est la première fois qu’un pèlerinage communautaire juif est organisé avec le concours des autorités du pays. La presse locale en a parlé avant même l’arrivée des voyageurs. Les quelques fausses notes que l’on a pu entendre, en marge de ce voyage (voir texte suivant) n’ont pas eu d’écho au sein de la population de Tlemcen.

À l’aéroport, le maire de Tlemcen en personne, également représentant du wali (préfet), a souhaité à chaque participant « la bienvenue », signe que le gouvernement algérien apporte une caution officielle au voyage. Sur la route bordée d’oliviers entre l’aéroport et l’hôtel, les pèlerins étaient surpris par les saluts amicaux des badauds, parsemés de très rares gestes d’hostilité venant de « hittistes » - des jeunes désœuvrés au chômage, une véritable plaie pour ce pays longtemps touché par le terrorisme et aujourd’hui en pleine convalescence.

Dans la rue, Tlemcéniens et Tlemcéniennes (voilées ou non) accostent les visiteurs pour partager des souvenirs. Les conversations s’engagent, à peu près toujours sur le même mode : « Ici habitait M. Untel », « Ici, il y avait tel commerce », « Vous vous souvenez, c’est incroyable ! ».

Ravis de cette hospitalité et se sentant très à l’aise, les participants ont très vite faussé compagnie à des autorités sur le qui-vive. Certains s’échappent pour voir « leur » école primaire, une visite pourtant pas prévue dans le programme. L’arrivée de la gardienne est une chance inespérée. Jean-Paul Sportouch court dans tous les sens : « Là, c’était la classe de CP » crie-t-il, euphorique. Andrée Lebar, règle en main, s’improvise institutrice devant d’anciens camarades de classe hilares, assis à leurs anciens pupitres.

La principale du collège de jeunes filles, la tête couverte d’un hidjab, est ravie « de voir d’anciens élèves. Peu importe leur religion ! ». Les visiteurs ont eu accès partout. À la mosquée « Sidi Boumedine » par exemple, dans un quartier où ils n’allaient pas quand ils étaient gamins. C’est pourtant là qu’aujourd’hui une femme entièrement drapée dans un haïk blanc leur adresse un « soyez les bienvenus ».

Kaddour Houbad, conseiller à l’Assemblée populaire communale et qui sert aussi de guide aux visiteurs, ne s’étonne pas de cette hospitalité. « À Tlemcen, il n’y a jamais eu de lutte entre Juifs et Musulmans, même pendant la Révolution (guerre d’indépendance). C’est une entente historique ! »

André Charbit, président de longue date de La Fraternelle et dont le père était un rabbin très estimé à Tlemcen, confirme : « Les liens entre Juifs et Musulmans ont toujours été marqués par un climat de fraternité. Il n’y a jamais eu de politisation, y compris pendant la guerre d’indépendance. »

Il serait faux de dire que cela a été le cas partout. À Constantine par exemple, à l’opposé géographique de Tlemcen, la tension a été plus vive, peut-être aussi à cause d’un lien quasi fusionnel entre les deux communautés. En 2000, une tournée d’Enrico Macias, invité personnellement par le chef de l’État, Abdelaziz Bouteflika, avait dû être annulée en raison d’une farouche opposition des conservateurs et des religieux, très influents dans cette région.

Les autorités de Tlemcen n’ont pas caché que le bon déroulement de ce voyage pouvait encourager le tourisme dans la ville, qui regorge de trésors inconnus telles que les ruines de Mansourah, une demeure royale du XIIIe siècle. Joëlle Wilmuth, partie comme beaucoup précipitamment en 1962, veut voir dans cette chaleur le signe d’une réconciliation. « On nous donne l’autorisation de nous sentir comme chez nous. C’est notre deuxième culture », se réjouit cette femme pétillante débarrassée de toute rancœur.

Si les pèlerins ont pu se réconcilier avec un exil parfois douloureux, grâce à des retrouvailles avec les amis d’antan ou la visite de lieux remplis de mémoire, l’apaisement ne semblait pouvoir venir que d’un lien retissé avec un passé plus ancien, celui des aïeux qui ont foulé le sol algérien il y a parfois des siècles. Liste de noms dans une main, ils ont ainsi cherché avec anxiété les tombes de leurs ancêtres dans le cimetière israélite, jamais vandalisé mais dégradé par le temps et le manque d’entretien. Avec un mouchoir, ils grattent la poussière pour espérer révéler le nom d’un de leurs proches. Quand c’est le cas, à un bref soulagement succèdent tristesse et recueillement.

Dès qu’un visiteur retrouve une tombe, une dizaine d’hommes se rassemblent, tête couverte, pour le kaddish ou des psaumes, sur fond d’appel à la prière du muezzin. D’autres poursuivent leur quête, angoissés. Un homme, pantalon et chemise en lin blanc, appelle en larmes sa sœur restée en France pour qu’elle lui indique le lieu où est inhumée sa grand-mère. Il retrouvera finalement, visiblement tranquillisé, celle qu’il a « tant aimée ».

« Nous pouvons partir tranquilles. On les a retrouvés », dit Maurice Choukroun, un sexagénaire parisien appuyé sur une canne de fortune pour passer entre les herbes folles et les ronces qui ont résisté au nettoyage entrepris récemment par la ville. La plupart du millier de sépultures que séparent des allées de cyprès ne sont pas dégradées ; les photos des défunts sont intactes. Mais ce n’est pas le cas partout.

Le cimetière chrétien et juif d’une ville voisine, Aïn Temouchent, a ainsi été totalement abandonné et abîmé par des séismes.

À la sortie du cimetière, les pèlerins ont fait quelques pas pour rejoindre un parc où se trouve le tombeau du rabbin Ephraïm Enkaoua, vénéré par les Juifs de Tlemcen et de tout le Maghreb. « Le dernier pèlerinage remonte à 1956 », explique André Charbit.

« Pour la Hiloula, les gens venaient de partout - du Maroc, de Tunisie -, des bals se tenaient dans le centre-ville », se souvient M. Choukroun. « Nous venions aussi à la veille d’examens pour attirer la chance », se rappelle Georges Médioni, venu d’Israël avec sa femme Nicole.

Les fidèles se prosternent sur le tombeau. En signe de douceur, du sucre et des friandises y sont versés avant d’être distribués aux croyants. Des dizaines de bougies, pour autant de vœux, brillent ensemble.

Dans cette quête de lien, la nouvelle génération n’est pas absente. Certains, pourtant nés en France métropolitaine ou partis trop jeunes pour avoir conservé des souvenirs, ont fait le voyage. Impossible futur sans connaissance du passé. À 45 ans, Michèle Chekroun, Française qui vit depuis 20 ans à New York, a traversé l’Atlantique pour « retrouver les racines » de trois générations qui ont vécu à Tlemcen. Armelle Touboul, également quadragénaire, a longuement médité sur la tombe de son grand-père qu’elle n’a pourtant jamais connu. Anne-Claire Soussan, 33 ans, a accompagné son père « pour donner de la chair » à des souvenirs devenus « mythiques » tant elle les a vus sur des photos ou entendus au travers de récits parfois embellis. L’exil des parents a rejailli sur les enfants qui peuvent ainsi, grâce à ce genre de voyage, compléter le puzzle.

Avant de partir, les pèlerins ont déposé quelques cailloux sur les tombes de leurs ancêtres, signe de leur passage et peut-être de chagrins enfin consolés.

récit raconté Sébastien Zeitoun, un brave personnage.

lamak.
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Re: Récit du voyage en Algérie des Juifs de Tlemcen
09 août 2007, 14:25
Bonjour !

Pouvez-vous approfondir vos insérations d'anciennes photos de scènes, types, villes et villages d'Algérie à l'exemple des sits comme www.delcampe.net et www.abcdelacpa.com qui parlent du Bachagha Ben Gana et excluent les autres comme ceux des Bibans, beaucoup de pub sur le village de Thaourirth Amokrane sur la route d'Alger, les villages de colons et négligent un peu les autres endroits comme EL-MAIN où avaient pourtant enseigné là d'imminentes personnalités comme Péllissier, Augustin Ibaâzizen Coutrés ou Raoul depuis 1890 à 1962 ?

Bonnes léctureset cultures !

Alditas
Re: Récit du voyage en Algérie des Juifs de Tlemcen
04 mai 2008, 15:21
Le tombeau de tlemcem est ce le tombeau du rabin raab ou rabin Ephraïm Enkaoua ? Merci de la précision mokrane Alger.
Re: Récit du voyage en Algérie des Juifs de Tlemcen
03 novembre 2008, 03:25
bonjoursje suis nouveau dans ce forum ,le suis de NedromaH mon pere ancien instituteur,garde encore dans ses archives ,personnelles;de vieux devoirs ,qui datent de 1953.
J'ai sous la main deux ,devoirs d'anciens eleves israelites,il s'agit de :
1)Amselem Sylvia classe de 5eme ,du vendredi 9 janvier 1953
sujet :geographie des etats-unis

2)Bénayoun Céline :de la mème classe

3)Joceline Quiles:meme classe
toute personne interesse me contacter par message prive
Re: Récit du voyage en Algérie des Juifs de Tlemcen
03 novembre 2008, 08:48
Bonjour youchaa,
Vous allez en faire des heureuses, qui grace à vous reverrons les devoirs qu'enfants elles ont pu faire. Insistez pour les retrouver, car elles retrouveront les souvenirs liés à votre père.
Pour ma part, je suis de Sétif, et aimerais retrouver les photos et amis de l'école laique Vétillard; je ne désèspère pas, n'est-il pas vrai que le monde ne s'est pas fait en un jour?
Amitiés, Daniel
Re: Récit du voyage en Algérie des Juifs de Tlemcen
03 novembre 2008, 09:06
merci daltani, je sais que ces personnes n'en reviendront pas ,apres tant d'annees.c'est retomber directement dans un monde ,qui n'existe plus ,un temps d'autre- fois,
aidez moi a les les les trouver
Re: Récit du voyage en Algérie des Juifs de Tlemcen
03 novembre 2008, 12:42
Daniel as tu essayé de t'inscrire sur ce site

[webdev2.gsinfo.ch]

Corine
Re: Récit du voyage en Algérie des Juifs de Tlemcen
08 décembre 2008, 05:03
Bonjour à toutes et tous,

Exact Corine mais il y a aussi [www.terredisrael.com] dans la rubrique "recherche" quiest tout de même un site "juif"....

Amicalement

Le frangaoui
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