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Ma grand-mère

Envoyé par tlemcani 
Ma grand-mère
10 février 2006, 09:17
Aussi loin que je remonte dans le passé, je revois encore la silhouette de mes deux grands-mères, la paternelle et la maternelle. La première était maigre et sèche, intelligente, travailleuse et douce - elle avait des rapports faciles avec tout le monde. La seconde déjà près de trépasser, était souvent couchée sur un grabat à même la terre battue, au premier étage de la maison maternelle, une maison qui, comme toutes les anciennes maisons, berbères était bâtie en granit rose, de la couleur des montagnes environnantes. Ces vielles demeures résistaient aux plus fortes intempéries ; elle avaient jusqu'à deux étages avec, au rez-de-chaussée, une cour angulaire, des étables, un four de forme ronde en argile, un poulailler (tagrourt), plusieurs fenils, et des chambres basses pour le stockage du bois de chauffe...

A l'époque, la maison berbère était le centre d'un cercle (village) plus ou moins vaste. Elmle était la cellule initiale par excellence. On l'appelait alors le foyer (kanoun) mais ce terme avait aussi un sens sociologique. Le village ne valait que par la cohésion des cellules ou foyers qui le composaient, exactement comme dans un corps sain. Sa structure fondamentale était celle d'un instrument de musique bien accordé. Aucune fausse note ne pouvait être tolérée. Seule une véritable harmonie permettait la solidarité communautaire. Bien qu'à cette époque, la tribu fût commandée par un contrôleur civil, les villages avaient gardé leur spécificité. Il y avait une Jemâa, un conseil qui régissait les affaires courantes. Cette petite assemblée régissait absolument tout, mais je ne dirais point qu'elle faisait le beau temps et la pluie. Cependant, elle se mettait au diapason du village.

Le rôle des anciens, y compris les femmes, était donc prépondérant. Une grand-mère avait autant d'importance qu'un patriarche. Ils étaient tous deux le vrai ciment qui liait la communauté à son passé mythique. Une grand-mère ne se voilait pas à l'extérieur. Toujours habillée d'un ample drap noir, les cheveux retenus par un foulard rouge (akenbouch) serré d'un bandeau noir parsemé de bâtonnets de corail, elle vaquait à toutes sortes d'occupations domestiques et dialoguait d'égal à égal avec les hommes qui respectaient son âge avancé et cette mémoire culturelle transmise depuis la nuit des temps.

Ma grand-mère parlait au cœur de la nuit, sur la terrasse de notre maison, et je contemplais le firmament d'été frémissant de millions d'astres. C'était à cette époque de l'année que ma grand-mère filait de la bonne laine immaculée qu'elle avait elle même lavée avec de la saponaire et minutieusement cardée. A cette époque, elle tirait d'un pièce obscure un métier à tisser impressionnant et elle se mettait soudain et comme par magie à fabriquer des vêtements d'hiver. De ses doigts fins sortaient des capes (selhams), des gandouras et autres burnous qui nous préservaient, grand-père et moi, du froid le plus intense. Cette admirable aïeule s'occupait pratiquement de tout; Elle allait sarcler les jardins potagers, dans la vallée à deux ou trois kilomètres de la maison. Elle présidait aux semailles diverses, car elle seule savait choisir les meilleurs semis. Elle ne laissait personne faire le couscous d'orge quotidien à sa place. Au printemps, elle agrémentait ce mets typiquement berbère de jeunes pousses de navets dont les tiges et les feuilles tendres étaient succulentes (couscous waw'saï).
Quiconque aujourd'hui revoit cette image replonge au plus claire de son enfance et hume à pleines narines le fumet ancien; Ma grand-mère n'allait pas chercher le bois dans la montagne. Le rôle de ma grand-mère n'était pas de commander, mais d'être là tout simplement. Sa seule présence était sécurisante. Elle était le reflet vivant du passé, du présent et du futur. Mais cette physionomie quasi immatérielle, ce corps filiforme, évanescent, impalpable et pourtant souriant, m'inquiétaient en même temps qu'ils ne rassuraient car ils étaient chargés d'éternité. J'avais donc peur de perdre ma grand-mère, mais au fur et à mesure que je grandissais, je m'éloignais d'elle. Longtemps après sa mort accidentelle, elle continua de réapparaître dans mes rêves à travers les paysages fluctuants de l'enfance dont elle m'avait communiqué les divers langages en m'initiant à la connaissance de la faune et de la flore.

Ma mère

Ma grand-mère et ma mère vivaient en bonne intelligence. C'était dû sans doute à leur différence d'âge considérable. On se mariait très jeune à l'époque. Mais il y avait aussi la sagesse proverbiale de l'aïeule. D'une beauté atlassique et quasi saharienne, ma mère, comme toutes les femmes berbères d'alors s'occupait de toutes sortes de besognes à la maison comme au dehors : corvée de bois et eau, semailles et moissons, gaulage des amandiers, grande lessive hebdomadaire etc. Bref, elle travaillait dur sans rechigner. je n'ai commencé à la connaître que le jour où elle m'a sevré, à la naissance de mon frère cadet (...) Que ne donnerais je aujourd'hui pour revivre un moment pareil ! S'il eut jamais quelqu'un qui fût viscéralement lié au sol natal, c'était bien ma mère. Elle connaissait tous les replis de la montagne, tous ses secrets. Elle n'ignorait rien des activités occultes des jnouns, des esprits diurnes et nocturnes et les localisait facilement aux détours d'un chemin ou en des lieux impraticables comme ces fragments de roches éclatées ou ces résidus de sources saturées d'insecte et de sangsues. Je lui doit une bonne partie de mon imaginaire. Elle m'initia aux arcanes, de la terre et bien qu'elle fit illettrée, elle savait interpréter les signes du grand livre de la nature. Je ne doute pas qu'elle m'ait communiqué, peut-être involontairement une certaine connaissance qui n'est pas celle des textes, mais le fruit de l'expérience et de la mémoire. Sans la lutte quotidienne de ces femmes obscures, que seraient devenus les enfants berbères, que serait devenu ce peuple montagnard qui devait arracher sa subsistance au sol aride et aux pierres ? Elles furent jusqu'à une date récente les véritables agents économiques de ces villages reculés. Paysannes endurcies, rompues aux tâches les plus rebutantes, elles surmontèrent et finirent par vaincre la précarité de leur existence en même temps qu'elles sauvegardèrent un patrimoine culturel essentiellement oral qui est maintenant en voie de disparition... Comme l'est d'ailleurs cette terre qu'on ne cultive plus et dont on n'attend plus rien.




Et les femmes Musulmanes ?

L'Islam considère la femme, qu'elle soit mariée ou célibataire, comme un individu à part entière, avec le droit de disposer d'elle-même, et de ses biens et richesses. Une dot de mariage est offerte par le futur mari à la future mariée pour son usage personnel, et elle garde son nom de famille, plutôt que de prendre celui de son mari. Hommes et femmes doivent adopter une tenue vestimentaire digne et modeste; les traditions d'habits pour femmes qu'on rencontre dans certains pays musulmans sont souvent l'expression des coutumes locales.

Le Messager de Dieu (PBAL) a dit:


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