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Massacre du 5 Juillet 1962 à Oran (Algérie).

Envoyé par Abraham2210 
Massacre du 5 Juillet 1962 à Oran (Algérie).
27 octobre 2013, 22:49
C'est aussi pour ceux qui s'etonnent et demandent pourquoi nous sommes presque tous partis.


Massacre du 5 Juillet 1962 à Oran (Algérie).
Point de vue de Jean-Pierre Lledo

Je précise d’abord que je ne suis pas historien, mais cinéaste. Et que cet
épisode de l’histoire d’Algérie m’a intéressé pour plusieurs raisons. Mon
enfance s’est faite à Oran et par la suite j’ai toujours gardé le lien avec cette
ville, mes amis d’enfance et ceux de mes parents. J’ai été marié avec une
Oranaise d’origine arabe. Enfin, j’ai fait un film (Algérie, histoires à ne pas dire)
dont la quatrième partie est consacrée à cette tragédie.
J’ai su très tôt qu’il s’était passé quelque chose de terrible le 5 Juillet 1962 à
Oran, où je n’habitais plus de puis 1957. Seules les opinions proindépendantistes
et communistes de mon père qui furent aussi les miennes par
la suite, m’ont empêché de vouloir en savoir plus, et ont provoqué chez moi
leur occultation de fait, avec la circonstance atténuante que vivant en Algérie,
je n’avais aucune liberté d’expression surtout sur ce sujet d’histoire si sensible
et dont seul un historien algérien, Fouad Soufi, osa s’approcher, sur la pointe
des pieds, et ce seulement après la fin du parti unique, au début des années 90.
Et quand bien longtemps après, habitant déjà en France, chassé par les
islamistes, je pus faire un film évoquant entre autres cet épisode, ce film fut
interdit.
Ici, dans ce premier point de vue, je voudrais émettre quelques avis, qui sont le
résultat de mes propres réflexions, fondées sur des témoignages et études que
j’ai pu entendre ou lire, d’Algériens arabes et de pieds-noirs, simples citoyens,
militaires, ou universitaires.
1 – Bilan.
Il y a eu beaucoup de morts ce jour-là. Combien ? Environ 700 d’après les
archives françaises auxquelles a pu avoir accès l’historien Jean-Jacques Jordi
(Un Silence d’Etat, Ed. Sotéca. 2011). Mais sans aucun doute beaucoup plus, au
moins deux fois plus, à mon avis. L’ouverture des Archives algériennes, celle de
l’ALN, du FLN, les registres de l’hôpital d’Oran et des cimetières, l’ouverture des
charniers dont certains sont parfaitement localisés, le démontreraient
aisément. Mais ne nous faisons aucune illusion, plusieurs générations
passeront avant de pouvoir y accéder.
Mais plus que l’aspect quantitatif, ce qui caractérise ce massacre, qui comme
tous les massacres conglomère toutes les atrocités imaginables et
inimaginables, c’est sa qualité. C’est un massacre raciste. Durant toute la
journée du 5 Juillet on fait la chasse au faciès, non-musulman.
Un des premiers récits que l’on me fit provient d’un militant oranais éminent
du Parti communiste algérien, Jules Molina. Il avait été libéré de prison en
Mars 62, de par les ‘’Accords d’Evian’’. Il s’était mis aussitôt au service du FLN
qui lui avait demandé de mettre ses compétences techniques au profit de la
remise en marche de la CLO (société qui livrait le lait en bouteille et qui était à
l’arrêt, suite à l’exode des techniciens pied-noir). Ce qu’il fit. Le 5 Juillet, il sort
en milieu de journée. Aussitôt arrêté, il est mis dans une voiture et emmené
sans ménagement au commissariat du quartier déjà bondé d’Européens.
Quelques moments plus tard, un militant FLN le reconnait et le libère. Il sait
alors qu’il vient d’échapper miraculeusement à la mort.
La femme du troisième président de la république algérienne, Chadli
Bendjedid, jeune fille alors, faillit faire les frais aussi de cette terreur ethnique :
habillée en robe, elle fut prise pour une européenne, et à ce titre allait être
étripée. Et elle ne dut son salut qu’en criant qu’elle était musulmane, ce qu’elle
dut prouver illico en disant un verset du Coran, puis en marchant sur le corps
de la victime européenne qui était là, comme le tueur le lui intima. Cet incident
qui ne fut pas sans incidence traumatisante sur son psychisme, durant de
longues années, est un fait connu et transmis par sa famille.
Un peuple, drapé des idéaux de la liberté et de la justice, qui le jour même de
son indépendance, censée mettre un terme à un système colonial dit ‘’raciste’’,
et qui commet un tel massacre, c’était certes suffisant pour que l’événement
soit biffé de la mémoire nationale, le plus vite possible.
Le massacre du 5 Juillet 1962 est donc devenu LE crime fondateur de la
nouvelle identité algérienne.
Et comme il s’est commis avec l’accord de l’armée française, présente mais, à
quelques exceptions près, complice par sa non-intervention, on peut
comprendre pourquoi les silences des Etats algérien et français jusqu’à ce jour
sont allés se nourrissant l’un l’autre, nullement dérangés par les historiens
officiels, français et algériens, plus intéressés à légitimer la guerre
d’indépendance du FLN, comme si cela était encore un enjeu historique, qu’à
faire leur métier d’historien : dire la vérité de l’histoire.
Ces silences d’Etat ne sont pas près de disparaitre, même après le nouveau
livre de Jean-Jacques Jordi. Deux ans après la sortie de ce livre, l’Etat français
n’a entrepris aucune démarche vis-à-vis de l’Algérie, n’a émis aucune demande.
En Algérie, l’unanimisme nationaliste fait de la quasi-totalité des intellectuels,
des ‘’intellectuels organiques’’ comme les appelait Gramsci. Karim Rouina qui
le premier eut le courage dans sa thèse universitaire (faite en France) de
communiquer des témoignages très précis d’arrestations, de détention et
d’extermination des civils non-musulmans, ne participa jamais à des débats
publics à ce sujet... Quant à Fouad Soufi qui fut le directeur des Archives
d’Oran, et qui fut le premier historien à communiquer sur cette tragédie, certes
en prenant la précaution de l’expliquer par la violence de l’OAS, quand je lui
demandai pourquoi il n’avait pas mené une enquête auprès des chefs FLN
d’Oran de cette époque, il me répondit qu’il avait ‘’une famille’’.
2 – Le massacre.
Tous les Oranais qui ont vécu ces 3 journées (le 5, 6, 7 Juillet 1962) savent ce
qui s’y est passé : une tuerie à grande échelle. Je n’ai pas rencontré un seul
Oranais qui soit en âge de se rappeler qui m’ait dit ne pas savoir. Un vieux
militant communiste Tayeb Malki me raconta qu’à la gare d’Oran il vit un
homme de 40 ans crier, alors qu’on l’arrosait d’essence, et avant d’être
immolé : ‘’Je suis un ouvrier ! Je suis un ouvrier !’’. Et dans le quartier où il avait
dû s’exiler par peur de l’OAS, à Victor Hugo, tout près du petit Lac où l’on jetait
les cadavres, il vit un homme tuer un Européen, lui ouvrir le ventre, et manger
son foie... Tout comme récemment le commandant de l’opposition syrienne de
la brigade Omar Al-Farouq, mutilant puis mangeant le foie du cadavre d’un
soldat syrien. (voir la vidéo sur le net). Le militant communiste qui me raconta
cela, savait comme tout musulman un peu lettré qu’en procédant vis-à-vis de
‘’l’ennemi’’ de cette manière, le meurtrier croyait venger le chef militaire
Hamza b. Abdalmouttalib, oncle du Prophète Mohamed, qui une fois tué, se fit
dévorer précisément le foie... il y a de cela plus de 14 siècles...
Un ex-diplomate algérien de l’ONU, Hadj-Chikh Bouchan me fit lire, puis publia
en Algérie, il y a quelques années, un récit personnel sur son adolescence à
Oran et son engagement au sein du FLN oranais, ‘’Les barbelés du village
nègre’’. Les récits de vie, même reconstruits par la mémoire, me semblent la
seule manière de lutter contre le totalitarisme en histoire, et je l’en félicitai. Je
lui dis quand même mon étonnement : le récit s’achevait le 5 juillet et il n’avait
rien dit de ce qui s’était passé ce jour-là. Sa réponse, devant son épouse, fut
celle-ci : ‘’Je n’ai pas pu. Ce que j’ai vu est trop horrible’’.
Comme j’insistai, il me raconta le fait suivant. Le 5 juillet, il se trouvait dans le
quartier ‘’Ville Nouvelle’’. Plus précisément sur la terrasse d’une maison. Plus
précisément, avec d’autres jeunes, en train de démonter des révolvers, de les
huiler et de les remonter (le jour de la ‘’fête’’ du 5 Juillet...). Un autre jeune
arriva et s’empara d’un pistolet abandonné. ‘’Il est enrayé, laisse tomber’’, le
prévinrent ses amis. Le nouvel arrivé ne se découragea pas, le démonta, le
huila, le remonta, et sortit avec.
L’auteur poursuit : ‘’Je le vis sortir de la maison, aller vers un Européen qui
passait et lui tirer dessus. (La Ville Nouvelle était un quartier exclusivement
musulman durant la guerre, mais l’Européen, peut-être même un sympathisant
de l’indépendance, avait cru pouvoir s’y aventurer.). L’homme tomba, mort. Le
jeune homme remonta à la terrasse, et dit à ses compères : ‘’Vous avez vu le
pistolet n’était pas enrayé’’. Ce fut le plus light des horreurs dont l’auteur put
témoigner sans doute pour la première fois depuis 1962.
Des récits de ce type, j’en ai entendu de très nombreux. Ils n’infirment
nullement ce que disent les dizaines de survivants européens qui témoignent
de leur vécu durant ces journées sanglantes et que l’on peut lire notamment
dans les 3 livres de Geneviève de Ternant ‘’L’Agonie d’Oran’’.
Pour ce massacre comme pour celui du 20 Aout 1955 dans la région de
Philippeville, avec lequel commença vraiment la ‘’guerre de libération’’, il n’y a
absolument aucune ‘’guerre de mémoires’’ (dada de l’historien officiel
Benjamin Stora). Algériens arabes et pieds-noirs disent exactement la même
chose, la même violence, la même tuerie.
3 – Qui est l’auteur de ce massacre ?
Compte tenu du fait que, jusqu’à présent, il n’y a pas encore d’ouvrage
satisfaisant sur cet événement, comme ceux par exemple de Roger Vétillard sur
les massacres du 20 Aout 55 ou du 8 Mai 1945, il y a naturellement beaucoup
de réponses.
L’OAS.
C’est l’OAS ! C’est ce qu’on entend souvent à Oran de la part des militants FLN.
Le peuple était descendu tranquille pour fêter l’indépendance, et l’OAS a tiré
sur lui, suscitant sa furie. Cet argument ne tient évidemment pas. Car cela
aurait eu pour conséquence de faire démarrer la tuerie à partir d’un seul
endroit qui aurait fait tache d’huile ensuite. Or la tuerie a commencé dans la
matinée (sans parler des enlèvements des jours et des semaines précédentes)
dans tous les quartiers d’Oran, simultanément.
Certains historiens algériens, tel Soufi, évoquent aussi l’OAS, non pas tant pour
situer le démarrage de la tuerie que pour expliquer le degré de fureur
populaire où l’on verra des hommes et des femmes, lyncher, crever les yeux,
arracher les membres, étriper, etc... La violence OAS d’après les ‘’Accords
d’Evian’’ l’expliquerait. Raison tout aussi faible que la première. Cette violence
a été pareille à Alger : voiture piégée du port, mortiers sur Belcourt, etc... Mais
là, il n’y eut pas de massacre final...
Le peuple.
Le peuple a effectivement pris sa part au massacre, même s’il y a eu des Justes
qui ont prévenu, protégé, caché, sauvé, mais qui, comme dans tous les
génocides du monde, n’ont pas représenté plus de 10 à 15% de la population.
Mais tenter de lui en faire aussi endosser la responsabilité relève de la lâcheté
des véritables concepteurs et encadreurs.
Ce qui s’est passé le 5 Juillet 1962, puis le 6, et le 7, l’a été sur une trop grande
échelle (Oran était la 2ème ville d’Algérie), et mobilisé une logistique de trop
grande ampleur, pour que l’on puisse croire un seule seconde que cela ait pu
relever de la spontanéité. Ni simultanéité, ni spontanéité. Cela supposait au
contraire une anticipation, une organisation, une mobilisation de moyens
humains et matériels, un encadrement que seules des organisations puissantes
et rôdées pouvait mettre en oeuvre.
En effet, des milliers de civils non-musulmans sont arrêtés, emmenés, à pied,
ou dans des camions, dans des lieux de détention (commissariats de la ville, le
central et ceux des quartiers, les Abattoirs, et d’autres grandes surfaces, dans
différents quartiers), puis emmenés au Petit lac pour être livrés à la foule ivre
de sang. Les meneurs sont des gens du FLN et des militaires de la Force locale
(ATO) constituée après le 19 Mars (essentiellement de musulmans FLN).
En fin d’après-midi de la première journée, on verra pourtant des officiers
(dont j’ai eu personnellement le témoignage dans les années 80 et au moment
du tournage de mon film en 2006) de la future Sécurité militaire de
Boumediene (MALG à l’époque) intervenant démonstrativement, trop
démonstrativement, poub arrêter certains de ces meneurs, et empêcher d’agir
quelques massacreurs. Et ce, puisque les soldats de l’armée française furent
sommés d’observer le massacre sans réagir (à quelques exceptions près).
Ces officiers sont aussi en relation avec le Capitaine Bakhti qui dirige les
troupes de l’ALN envoyées depuis quelques jours à Oran par le chef d’Etat
major Houari Boumedienne, qui avec Ben Bella se trouve à Tlemcen.
On peut donc dire que la gestion de la tuerie du 5 Juillet 62 a été l’oeuvre de
deux forces, celle du FLN d’Oran, et celle de l’ALN de Boummedienne.
4 – Division du travail ou manipulation ?
S’il y a eu objectivement une division du travail entre ces deux forces, cela ne
s’est pas fait consciemment et volontairement, pour la simple raison que ces
deux forces sont en opposition. Il faut savoir en effet qu’à cette époque, le
pouvoir de la ‘’Révolution’’ est bicéphale. Il se partage entre un GPRA
(Gouvernement provisoire) qui a une certaine légitimité internationale puisqu’il
l’a représentée depuis sa création en 1958, et l’Etat-Major de l’ALN (armée) qui
représente la force réelle. C’est Boumediene qui choisira le 1er président de la
République, Ben Bella. C’est lui qui le destituera trois années après. C’est la
Sécurité Militaire qui dirige en fait l’Algérie jusqu’à aujourd’hui.
Or en Juillet 62, le FLN d’Oran ayant prêté allégeance au GPRA, il représente un
obstacle dans la marche vers le pouvoir central et vers Alger où se trouve le
GPRA. Cette marche sera finalisée en Septembre après des affrontements qui
font des dizaines de milliers de morts dans la région d’Alger, entre l’ALN de
Boumediene et les willayate fidèles au GPRA.
A Oran, l’ALN de Boumedienne est représentée par le Capitaine Bakhti et le FLN
par le commandant ‘’Abdelhamid’’ ou ‘’Hamid’’, de son vrai nom Chadly
Benguesmia (En 2006, j’avais essayé de le rencontrer. Son neveu, avocat, me
dit que c’était possible, puis se rétracta, prétextant l’état de santé de l’oncle.)
Dans la 4ème partie de mon film, un activiste FLN en parle élogieusement, et
nous apprend qu’il a dirigé le FLN, durant toute la guerre, en habitant
clandestinement à la Marine, le quartier le plus espagnol d’Oran. Puis qu’après
les ‘’Accords d’Evian’’ il installe son QG au Petit Lac (périphérie d’Oran). Enfin
qu’à l’approche du 5 Juillet, il s’installe plus centralement dans le quartier de la
Ville Nouvelle. Or nous savons que la Ville Nouvelle comme le Petit Lac ont été
des hauts lieux du massacre d’Européens. Au Petit Lac, où ont été jetés
d’innombrables corps généralement mutilés, officiaient les lieutenants
d’Abdelhamid, les deux frères Attou. (Mouédène Attou, le cadet vivait
tranquillement à Marseille ces dernières années).
S'il est évident que ces deux forces, bien qu’opposées, ont objectivement
collaboré, qu’est ce qui les réunissait ?
S’il y a bien quelque chose qui unit le GPRA de Ben Khedda à l’ALN de
Boumediene, la seule chose avec l’indépendance, c’est bien le refus de
cohabiter avec une forte population de non-musulmans (un million à l’époque,
pour 9 millions d’Arabes). Aucune des forces qui a dirigé la ‘’révolution’’ puis
après l’Algérie, n’avait imaginé une Algérie multiethnique. L’idéologie
‘’nationale’’, en fait nationaliste, excluait une telle éventualité.
Et la guerre a été menée dans ce but, du premier jour au dernier. Les victimes
civiles non-musulmanes représentent la moitié des victimes militaires. Il y eut
donc bien une stratégie de la terreur dont le but était d’inciter les nonmusulmans
à quitter l’Algérie, si possible avant même l’indépendance. Or,
encore en 1961 et 62, trop de Juifs et de Chrétiens pensent que peut-être il
sera possible de rester, et qu’il faut ne pas céder à la panique. Le message le
plus éloquent envoyé à la communauté juive sera l’assassinat de Raymond
Leyris le musicien juif de Constantine, le 22 Juin 1961 . Le massacre d’Oran
visera lui la communauté pied-noire chrétienne, même si beaucoup de Juifs
figurent parmi les victimes.
Il y a là un double message. A ceux qui avaient projeté de rester : partez ! A
ceux qui partis en grande panique, espéraient revenir après l’indépendance, si
tout allait bien : Surtout ne revenez pas, restez où vous êtes !
Malgré ce but commun, nous l’avons dit, les deux forces n’en étaient pas moins
opposées, FLN d’Oran contre ALN de Boumediene. Comment donc s'est faite la
gestion concrète du massacre, avant, pendant, et après ? A cette question,
comme à d’autres, on ne pourra vraiment répondre que lorsque les archives
algériennes seront ouvertes aux historiens (dans un siècle ?). En attendant, seul
un historien algérien assez courageux pourrait, en interrogeant les survivants
qui furent des décisionnaires, nous apporter quelques lumières... Mais je doute
qu’il y en ait. La peur est une donnée constitutive de l’intelligentsia des pays
totalitaires.
En l’absence de témoignages de dirigeants et tant que les archives resteront
inaccessibles, seules sont permises des hypothèses.
Celle d’un chercheur sur cette tuerie, Jean-François PAYA, est celle qui me
séduit le plus, car elle permet d’expliquer deux démarches apparemment
contradictoires : mettre le feu puis l’arrêter. Selon lui, l’ALN de Boumediene
aurait été pyromane puis pompier.
La Sécurité Militaire (alors MALG, Ministère de l’Armement et des Liaisons
Générales) a, depuis, fait montre de tout son savoir en matière de
manipulation. Le 5 octobre 1988, notamment, en apparence une révolte de la
jeunesse sur l’ensemble du territoire algérien (alors qu’aucune organisation
d’opposition n’était en mesure de coordonner une telle action), s’avéra par la
suite le résultat d’une manipulation de la SM, visant à modifier l’équilibre du
pouvoir, en intégrant les islamistes dans le champ politique légal.
Connaissant les coups tordus de toutes les polices secrètes, on peut très bien
imaginer qu’à Oran, fin Juin 62, la Sécurité militaire lance l'opération, laissant
croire au Commandant Abdelhamid, le chef du FLN d’Oran, qu'il est le décideur,
le laissant opérer suffisamment de temps, pour que la terreur s’empare des
non-musulmans, pour, en fin de parcours, commencer de façon très
démonstrative à s'y opposer...
Boumediene gagne ainsi sur tous les tableaux :
- Les Européens et Juifs se précipitent vers les bateaux et les avions...
- L'opinion internationale, et surtout la France, sont rassurées : l’ALN de
Boumediene représente une garantie de stabilité interne, à un moment
où l’Afrique post-indépendance est en plein chaos et guerre civile...
Légitimée par sa force militaire, l’ALN va gagner aussi une légitimité
politique internationale.
Les ordres de De Gaulle au Général Katz de ne pas intervenir pour sauver du
massacre les Oranais (citoyens français !) peuvent aussi s’expliquer par le fait
que la France tient à être bien représentée auprès des nouvelles autorités... Et
quelques mois plus tard, Hervé Bourges (sans doute un grand flic) deviendra le
conseiller spécial de Ben Bella (!!!).
5 – Conclusion.
En 2006, pour filmer le quatrième épisode de mon dernier film, ‘’Algérie,
histoires à ne pas dire’’, j’avais choisi le quartier de la Marine, avec sa fameuse
Calère, car elle était peuplée à peu près également d’Arabes et de Pieds-noir
d’origine espagnole, tous aussi pauvres les uns que les autres et parlant tous
l’espagnol (les vieux oranais arabes le parlent encore entre eux !).
Les résultats de mon enquête préliminaire me laissèrent penser que ce quartier
avait été l’exception du 5 juillet à Oran. Partout on avait tué, sauf là. J’avais
voulu y voir la conséquence d’une sorte de fraternité quasi-prolétarienne.
Jusqu’au moment où vers la fin, le personnage le plus assimilé à la culture piednoir
lâcha le morceau : dans la maison appartenant à son beau-père, chef du
FLN du quartier, où lui-même habitait, avait été détenus, le 5 Juillet 62, une
trentaine de Pieds-noir, dont même un couple communiste.
‘’Que leur était-il arrivé’’, lui avais-je demandé ? Avant tournage, il passa en
silence la main sur sa gorge. Devant la caméra, il bafouilla et se contredit
plusieurs fois en quelques minutes. Il était là, questionné par mon personnage
principal, un jeune metteur en scène de théâtre avide de vérité depuis
qu’enfant il avait entendu les récits de tuerie de sa tante qui à l’âge de 12 ans
se trouvait au Petit Lac, le 5 juillet...).
Ainsi, il n’y avait pas eu d’exception à la Marine. Ici comme ailleurs, la rage
nationaliste et la haine ethnique avait pareillement fonctionné, chez ceux-là
mêmes qui avaient tété des femmes espagnoles, puisque que dans ce quartier
presque tous étaient frères de lait...
Durant ce tournage, un ami d’ami me proposa d’aller filmer sa mère, une
responsable FLN de la Ville Nouvelle à cette époque, et qui, selon lui, avait ellemême
tué. Prenant garde de ne pas tomber dans une provocation, qui aurait
pu mettre en péril le tournage de l’ensemble de mon film qui comportait trois
autres parties, je m’en tins à mon plan initial et au quartier choisi.
Ce qui est sûr, c’est que le 5 Juillet 62 pèse lourd, très lourd sur la conscience
des Oranais, qu’ils aient été des témoins actifs ou passifs de ces événements.
Quand je demandai s’il avait vu quelque chose à mon copain d’enfance Smaïn
qui lui se trouvait à Oran le 5 juillet (à Oran, inutile de dire le mot ‘’massacre’’.
Evoquer le ‘’5 Juillet 62’’ suffit...), voici quelle fut réponse : ‘’Tu sais Jean-Pierre,
quand on se rassemble entre copains de l’époque, on se dit que ce qui nous
arrive à présent (la terreur islamiste), c’est pour payer ce qu’on a fait le 5
Juillet...’’.
13 Octobre 2013, Jean-Pierre Lledo
Re: Massacre du 5 Juillet 1962 à Oran (Algérie).
29 octobre 2013, 01:12
Trés emouvants, mais allons rester figer sur le passé nous generation d'apres independance? Que devrions nous faire? juste tournée cette page noire et regarder devant.
Re: Massacre du 5 Juillet 1962 à Oran (Algérie).
29 octobre 2013, 11:01
Il faut remettre les pendules à l'heure.
Sans cela vous n'arriverez à rien faire.

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